Biographie

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L’homme fait l’album. Pierre Le Feuvre a le regard des curieux, la faconde de ceux qui savent regarder la vie, l’absence de cynisme au bout des mains. Il bouillonne. Et pourtant il a su poser ses sens sur cet Adieu le vieil empire qui respire la vérité de bout en bout. L’homme de la Mayenne n’est pas né de la dernière pluie et s’il a donné la moitié de sa vie à la musique, elle le lui rend bien.

Il s’est construit dans la génération d’avant internet où découvrir était bien plus difficile mais tellement plus impactant. Sa discothèque se dessine alors autour des États-Unis d’Amérique. Après La Sainte Java, celui qui n’est pas encore Mazarin s’embarque avec son acolyte Jef Péculier dans le groupe La Casa qui marqua les ondes en 2008 avec le single aux tendances Calexico Go, go, go qu’il a toujours autant de plaisir à jouer sur scène.

« Ma vie a changé avec La Casa, j’ai réalisé les fantasmes que j’avais de ce métier ». Des joies simples, comme s’entendre à la radio ou jouer dans des salles de plus en plus grandes, la tête regardant vers les étoiles mais toujours bien fixée sur les épaules. Et puis voilà, la vie… Il n’y aura pas de second album de La Casa. Le duo se réunit autour de La ruelle des morts en 2011 suivie de Stratégie de l’inespoir en 2014, deux chansons composées pour Hubert-Félix Thiéfaine. C’est d’ailleurs après avoir fait sa première partie à l’Olympia que les amis décident de prendre chacun son propre chemin.

En septembre 2014 sort le premier EP de Mazarin puis, très vite, son premier album La croisée des chemins. La voix reste tendre et les mots sereins. Pierre Le Feuvre trace sa route jusqu’à aujourd’hui avec ce second album où l’épure l’emporte. « Au départ, ces chansons là étaient produites, et puis j’ai eu envie de revenir à la base, j’ai tout repris pour être plus simple ». Des Chansons à l’os en quelque sorte. Cela rappelle la genèse de l’historique Nebraska de Springsteen qu’il avoue avoir écouté lors du processus de création.

Cet Adieu le vieil empire le voit poser sur la pochette les bras levés, en guise d’invitation à entrer dans son intimité. Là où les questions de la moitié de vie sont posées : « Un beau matin le jour se lève, pourquoi on vit, pourquoi on se traîne ? » (Du vent et on n’est plus). Même s’il n’emploie pas toujours la première personne, tout est sa vision. Et s’il confesse avoir plus de facilité à la composition où sa force mélodique est évidente, les mots l’emportent quand même. Et il est capable de tout chanter les yeux dans les yeux. C’est d’ailleurs ce qu’il fera lors du concert de sortie d’album à Laval, où il délaissera la scène et chantera au milieu du public pour mieux l’entendre et l’écouter. Seul mais accompagné de sa guitare, d’une grosse caisse et de son harmonica, comme lors du début de cette tournée, avant de constituer un groupe pour la suite.

En dix titres, Mazarin creuse son sillon, tendant vers une « soul de chez nous » (musique de l’âme, en français dans le texte), organique, humaine, simple et tendre. Il a ainsi décliné l’idée de mixer l’album pour en conserver le naturel et la spontanéité en revendiquant « une musique à l’ancienne où j’ai tout fait tout seul, sauf les trompettes ».

Chez Mazarin, on est loin du noir et blanc ambiant. L’ocre est sa couleur de son et la beauté, réelle ou imaginée, des grands espaces est l’ossature de son album : « Si on entend les sirènes, laissons aller, qu’elles nous trainent au large vers l’horizon » (Les sirènes). Une beauté nue, comme au premier jour de la création de ces 10 titres, où la musique a de la place et où les mots aux images tendres et fortes se répètent en douceur : « Mais tu me dis de garder la tête froide, de me mettre à table pour négocier nos hivers » (Désert).

Parallèlement à cette sortie, Pierre Le Feuvre développe un side project Grand Hôtel, récemment vu aux Bars en trans. Plus folk américana que Mazarin, avec des chœurs plus que des paroles.

Ce fêtard raisonnable fait de la musique vive et sensible depuis 20 ans. Pourvu que ça dure.

Un mot de la fin ? « Je suis ultra fier de cet album ». Simple, basique. À son image.

Oliver Bas – Journaliste

MazarinAdieu le vieil empire
Sortie le 27 janvier 2020

Photo © Caroline Desbois